Régime protéiné : 0,83 g/kg/jour selon l'ANSES — pourquoi vous en mangez probablement 3 fois trop

L'ANSES — l'Agence nationale de sécurité sanitaire qui fait autorité sur les recommandations nutritionnelles en France — fixe le besoin protéique d'un adulte en bonne santé à 0,83 g par kilo de poids corporel et par jour. Pour une personne de 70 kg, ça représente environ 58 g de protéines par jour. C'est l'équivalent d'un œuf + une portion de fromage blanc + une portion de poulet de 100 g, étalés sur la journée. Rien d'extraordinaire.
Et pourtant, depuis 2 ou 3 ans, je vois en consultation des patients qui consomment 150, 180, parfois 200 g de protéines par jour sous forme de shakes, barres et "régimes protéinés" achetés en ligne. Soit 3 à 4 fois la recommandation officielle.
Cet article fait le point sur ce que disent vraiment les études — sans complaisance pour le marketing ni catastrophisme. Il y a des choses utiles à savoir dans les protéines. Et beaucoup de choses fausses qu'on vous vend.
Ce que dit vraiment l'ANSES
Les chiffres officiels, publiés et révisés en 2017 puis maintenus dans les avis ultérieurs :
- Besoin minimum : 0,83 g/kg/jour (un adulte de 70 kg → 58 g/jour)
- Plage acceptable : 0,83 à 2,2 g/kg/jour (soit 10 à 27 % de l'apport énergétique total)
- Limite supérieure conseillée : 2,5 g/kg/jour, pour une durée n'excédant pas 6 mois
Pour une personne de 70 kg, ça donne :
Vous voyez l'écart. Quand un programme marketing vous propose 200 g de protéines par jour pendant 3 mois, vous êtes au-dessus de la limite supérieure conseillée par l'ANSES.
Le mythe des protéines qui détruisent les reins
C'est la peur la plus répandue. Et c'est partiellement faux.
Chez les personnes en bonne santé : pas de preuve de risque
Les revues scientifiques récentes sont claires : chez les adultes sans maladie rénale préexistante, un apport élevé en protéines (jusqu'à 2,2 g/kg/jour) ne dégrade pas la fonction rénale. Aucune étude sérieuse n'a démontré le contraire. Les craintes proviennent essentiellement d'études anciennes sur animaux et de transpositions abusives.
Chez les personnes avec insuffisance rénale : ralentir au contraire
À l'inverse, en cas d'insuffisance rénale chronique (IRC), réduire l'apport protéique fait partie des recommandations officielles pour ralentir la progression de la maladie. C'est exactement le travail que je fais avec les patients néphrologiques au CMCT de Saint-Cyr-sur-Loire.
Conclusion pratique
Si vous êtes en bonne santé, le régime protéiné ne va pas "casser vos reins". C'est rassurant. Mais ce n'est pas la seule question à se poser — il y en a d'autres, plus importantes.
Les vrais problèmes des régimes hyperprotéinés
Le risque rénal est un faux débat. Les vrais sujets, ceux que je vois quotidiennement en consultation, sont ailleurs.
1. Vous reprenez tout dès l'arrêt — comme tous les régimes restrictifs
C'est exactement le mécanisme que je décris dans mon article sur le rééquilibrage alimentaire : 80 % des personnes au régime reprennent leurs kilos en 1 an, 95 % en 5 ans. Le régime hyperprotéiné ne fait pas exception. Il marche tant que vous l'appliquez à la lettre. Vous arrêtez, votre corps n'a rien appris, vous reprenez.
2. La déstructuration sociale et le plaisir alimentaire évacués
Manger uniquement du poulet, des œufs, du blanc de dinde et des shakes pendant 3 mois, c'est isolant socialement (vous ne dînez plus comme tout le monde) et mentalement épuisant. La fatigue cognitive accumulée explose dès qu'on arrête, et déclenche parfois des comportements compensatoires (compulsions, grignotage, sentiment d'échec).
3. Les "produits protéinés" sont des ultra-transformés
Barres protéinées, shakes whey isolate, biscuits protéinés, pancakes protéinés du commerce : ce sont des aliments ultra-transformés. Ils contiennent typiquement des édulcorants intenses, des additifs, des arômes artificiels, des épaississants, et leur effet sur le microbiote intestinal commence tout juste à être étudié — avec des signaux préoccupants.
Manger 80 g de protéines via des œufs, du poisson, de la viande blanche, des légumineuses, du fromage blanc nature : excellent. Manger les mêmes 80 g via 3 barres et 2 shakes : nutritionnellement et qualitativement très différent.
4. La fonte musculaire paradoxale
C'est contre-intuitif, mais documenté. Quand un régime hyperprotéiné s'accompagne d'un déficit calorique trop important (typique des programmes "à sachets"), le corps puise dans le muscle malgré l'apport élevé en protéines — parce que l'énergie totale est insuffisante pour le maintenir. Le même problème que j'évoque pour les patients sous Wegovy ou Mounjaro : pourquoi ces médicaments ne remplaceront jamais un vrai accompagnement nutritionnel.
5. Le coût financier
Comptez 80 à 150 € par mois pour un programme à base de sachets et shakes protéinés du commerce. Sur 6 mois, ça fait 500 à 900 €. Sans rien apprendre, et avec une reprise quasi certaine à la sortie.
La bonne dose de protéines selon votre situation
Voici ce que je recommande en consultation, basé sur l'ANSES et la littérature récente :
Adulte sédentaire en bonne santé
0,8 à 1 g/kg/jour. Vous y arrivez sans effort avec une alimentation variée : 1 œuf au petit-déj, des légumineuses ou un produit laitier au déjeuner, une portion de viande ou de poisson au dîner. Aucun shake nécessaire.
Adulte qui fait du sport régulièrement
1,2 à 1,6 g/kg/jour. Pour un sportif loisir de 70 kg, ça fait 84 à 112 g/jour. Toujours largement atteignable avec une alimentation classique enrichie.
Adulte en phase de perte de poids active
1,2 à 1,5 g/kg/jour. C'est la fourchette qui préserve la masse musculaire pendant l'amincissement, sans tomber dans l'excès. Pour une personne de 80 kg qui veut perdre 10 kg, on est sur 96 à 120 g de protéines par jour. Toujours atteignable avec de vrais aliments, et c'est ce que je construis avec mes patients.
Senior après 65 ans
1 à 1,2 g/kg/jour (besoin légèrement plus élevé pour compenser la perte musculaire liée à l'âge). Encore une fois, faisable avec des aliments simples.
Cas particulier : insuffisant rénal
Réduit à 0,6-0,8 g/kg/jour sous supervision médicale stricte. Surtout pas de régime protéiné — c'est l'inverse qu'il faut faire.
Les meilleurs aliments protéinés (vrais, pas en poudre)
Pour atteindre les apports recommandés sans toucher aux ultra-transformés, voici ce que je conseille à mes patients :
- Œufs : 6-7 g de protéines par œuf, excellent rapport qualité/prix, profil acides aminés parfait
- Poisson : saumon, thon, sardine, maquereau — 20-25 g pour 100 g, bonus oméga-3
- Volaille : poulet, dinde, lapin — 20-30 g pour 100 g, peu de matières grasses
- Fromage blanc 0 ou 20 % : 8-10 g pour 100 g, parfait pour le petit-déjeuner
- Légumineuses : lentilles, pois chiches, haricots rouges — 8-10 g cuit, bonus fibres
- Fromages affinés : comté, gruyère, parmesan — 25-30 g pour 100 g, mais riches en lipides
- Tofu et tempeh : 12-20 g pour 100 g, intéressant pour varier
- Quinoa : céréale complète avec 4-5 g pour 100 g cuit, protéines végétales complètes
Avec ces 8 catégories d'aliments présents en alternance dans vos repas, vous couvrez très largement les apports recommandés ANSES, sans avoir besoin d'un seul gramme de poudre ou de barre marketée.
En résumé : ce qu'il faut retenir
- L'ANSES recommande 0,83 g de protéines/kg/jour chez l'adulte sain (≈ 58 g/jour pour 70 kg)
- Plage acceptable : jusqu'à 2,2 g/kg/jour, limite max 2,5 g/kg/jour sur 6 mois max
- Les régimes hyperprotéinés du commerce imposent souvent 180-220 g/jour, au-dessus de la limite
- Les protéines ne sont pas dangereuses pour les reins chez l'adulte sain
- Mais les régimes hyperprotéinés provoquent une reprise de poids comme les autres régimes restrictifs, déstructurent socialement et reposent sur des ultra-transformés
- Pour perdre du poids en préservant le muscle : 1,2 à 1,5 g/kg/jour suffit largement, avec de vrais aliments
- Pas besoin de shakes ni de barres : œufs, poisson, volaille, fromage blanc, légumineuses suffisent
Article rédigé par Virginie Marchand, diététicienne nutritionniste diplômée d'État exerçant à Saint-Cyr-sur-Loire et Chambray-lès-Tours

Article rédigé par
Virginie Marchand
Diététicienne nutritionniste à Tours